«Je suis en train de décomposer et de désagréger Wolfsegg et les miens, de les anéantir, de les éteindre, et en même temps je me décompose moi-même.»
C’est un homme, un comédien, seul à une table, éclairé autant qu’on puisse l’être sur une scène avec, devant lui, une pile de feuilles qu’il fera glisser à un rythme dont il est seul maître. Serge Merlin portait en lui depuis longtemps le désir de dire, de jouer le dernier livre de Thomas Bernhard, peut-être le plus grand, le plus réussi. Avec Extinction, il nous offre une lecture qui porte en elle toute la magie du théâtre.
On fait la connaissance d’une famille : le père, la mère, les frères et soeurs, l’oncle Georg et, au tout premier plan, Franz-Josef Murau, narrateur grinçant, qui porte le fer du récit dans la mémoire vive et sombre de l’Autriche hitlérienne. En l’absence de tout décor, on voyage de la piazza della Minerva de Rome au domaine familial de Wolfsegg, où les commandants nazis étaient reçus en amis. Le bruit des bottes couvrant à peine une valse de Strauss.
Ce texte se révèle si puissant ; la virtuosité du lecteur, si grande ; les inflexions de sa voix, si riches et changeantes ; le mouvement de ses mains, tellement
évocateur, qu’on croit en sortant du théâtre avoir vu les événements se dérouler sous nos yeux. Saisissant.









