«Toute ma vie, j’ai lu à voix haute. (À voix autre.) Il fallait bien que ça finisse sur la scène d’un théâtre.»
«Je préfèrerais pas», telle est la réponse calme, récurrente, irrévocable de Bartleby à son chef, qui lui demande de se mettre au travail. Nous sommes dans un cabinet d’avocats de Wall Street et le chef en question se perd en conjectures sur la résistance aussi incompréhensible qu’opiniâtre du copiste qu’il avait engagé par pure bonté d’âme.
Bartleby n’explique rien, ne fait rien, ne dit rien d’autre que cette phrase ambiguë : «Je préfèrerais pas». Et ces quelques mots forment un roc contre lequel échouent toutes les tentatives d’approche du narrateur pour comprendre son employé, l’aider et le remettre sur la voie raisonnable qui serait celle du travail.
Il fallait la subtile attention de Daniel Pennac – écrivain lui-même, donc particulièrement habile à révéler les ressorts cachés du récit – pour nous faire parvenir cette histoire dans toute sa richesse et sa complexité, parfois drôle ou absurde, parfois grinçante ou même tragique. «I would prefer not to» dit entre les lignes le sentiment du devoir obligé, la fin de l’obéissance, la résistance passive, l’indépendance d’esprit. Et, forcément, la solitude.










