Nous assistons à une alchimie mentale qui d’un état d’esprit fait un geste, et le geste sec, dépouillé, linéaire que tous nos actes pourraient avoir s’ils tendaient vers l’absolu. Antonin Artaud
Le tout premier spectacle mettant en scène des danseurs balinais en Europe eut lieu à Paris, en 1931, à l’occasion de l’Exposition universelle. L’événement fit grand bruit. Parmi les spectateurs, on trouvait le poète Antonin Artaud. Enthousiaste au possible, celui-ci se mit en tête de rédiger en une vingtaine de pages les émotions procurées par ce spectacle mêlant musiques d’un autre monde avec force «modulations syncopées de l'arrière-gorge» et danses spectrales qu’il voyait comme «un jeu de jointures»: «l’angle musical que le bras fait avec l’avant-bras, (…) un genou qui s’arque, des doigts qui paraissent se détacher de la main, tout cela est (…) comme un perpétuel jeu de miroir».
Depuis, les artistes de Sebatu ont parcouru le monde et forgé leur réputation sur leur art fabuleux des nuances. Quatre-vingts ans plus tard, cet ensemble exceptionnel revient aux sources de son aventure en reprenant les ingrédients qui avaient alors enthousiasmé l’auteur du Théâtre et son double. Une occasion unique de découvrir ces purs moments de beauté que sont le legong kraton, la danse des Telek, ou le tjak, un choeur d’hommes fondé sur des onomatopées imitant les bruits nocturnes de la nature.
Pour un nouvel émerveillement des sens.










