Une flûte enchantée

D'après Wolfgang Amadeus Mozart
Mise en scène Peter Brook
Jeudi 1er et vendredi 2 décembre 2011 à 20h30

Jamais le chef-d’œuvre de Mozart n’aura paru si simple, si intime, si envoûtant, si émouvant. Ici, sous la direction de Peter Brook, ne compte que le chant nu, débarrassé de toute solennité, présenté dans toute sa pureté par une troupe de jeunes chanteurs venus de tous horizons. Une exceptionnelle (re)découverte.

Durée 1h35
Tarif A

 

Accueil réalisé en collaboration avec Meyrin Centre, le centre commercial de Meyrin

SPECTACLE COMPLET

L'essentiel

«Je cherche les notes qui s’aiment.» Wolfgang Amadeus Mozart

Un plateau nu, une poignée de bambous, un piano seul et des chanteurs qui semblent nous susurrer leurs mélodies à l’oreille. Jamais le chef-d’oeuvre de Mozart, le préféré de toutes les générations, n’aura paru si simple, si intime, si envoûtant, si émouvant. Ce n’est pas exactement La Flûte habituelle qu’offre ici Peter Brook, qui revient à la mise en scène d’opéra après une longue absence.

L’intrigue principale est toujours là, avec un Tamino en quête d’une Pamina, dont il est tombé fou amoureux à la vue d’un simple portrait. L’homme-oiseau Papageno est toujours aussi facétieux, la Reine de la nuit toujours aussi intrigante et fervente. Mais le grand metteur en scène anglo-parisien s’est permis d’adapter le livret et la musique de façon totalement libre. La partition a été transcrite pour un seul instrument, plusieurs personnages secondaires ont disparu, la durée originelle du spectacle est passablement diminuée. La mise en scène brise aussi les conventions de l’opéra en réduisant le décor et les effets scéniques au strict minimum. Ici ne compte que le chant nu, débarrassé de toute solennité, présenté dans toute sa pureté par une troupe de jeunes chanteurs venus de tous horizons.

Pour les connaisseurs, presque une autre oeuvre. Pour les autres, une révélation. Une exceptionnelle (re)découverte.

Générique

Librement adapté par Peter Brook, Franck Krawczyk, Marie-Hélène Estienne
Mise en scène Peter Brook
Assistant à la mise en scène William Nadylam
Lumières Philippe Vialatte
Piano (en alternance) Franck Krawczyk, Rémi Atasay
Interprétation
Adrian Strooper : Tamino
Aylin Sezer : Pamina
Malia Bendi-Merad: Reine de la nuit
Vincent Pavesi : Sarastro
Thomas Dolié : Papageno
Dima Bawab : Papagena
Romain Pascal : Monostatos
Comédiens Abdou Ouologuem, Stéphane Soo Mongo
Conseiller artistique Christophe Capacci
Travail corporel Marcello Magni
Chef de chant Véronique Dietschy
Magie Célio Amino
Réalisation des costumes Hélène Patarot avec l’aide d’Oria Puppo
Régisseur plateau Arthur Franc
Habilleuse Alice François
Surtitres Pierre-Heli Monot
Administration de tournée Agnès Courtay
Responsable des tournées et des productions Marko Rankov

Coproduction C.I.C.T. / Théâtre des Bouffes du Nord, Festival d’Automne à Paris, Attiki Cultural Society – Athènes, Musikfest Bremen, Théâtre de Caen, MC2 – Grenoble, Barbican – Londres, Grand Théâtre de Luxembourg, Piccolo Teatro di Milano – Teatro d’Europa, Lincoln Center Festival – New York
Production déléguée C.I.C.T. / Théâtre des Bouffes du Nord, Paris

Photos Alicia Peres

Revue de presse

«Le dernier des trois mois de répétition, c'est Mozart qui l'a porté, lui, alors que des problèmes de santé l'empêchaient quasiment de marcher. Le résultat est d'une poésie si intense par moments qu'elle coupe le souffle, d'une drôlerie si exacte qu'elle rend hilare, d'une écriture si juste qu'elle est la quintessence même du théâtre de Mozart. Chapeau bas monsieur Brook. Vivez longtemps, vivez loin !»

                                                             Marie-Aude Roux, Le Monde

 

«Décor presque nu, vêtements sobres, chant épuré, la Flûte enchantée mise en scène par Peter Brook, à partir de l'opéra de Mozart, retient l'essence de l'oeuvre pour livrer au public un spectacle à la fois léger et intense (...). Sur le plateau du théâtre à l'italienne, dont l'espace est grignoté par les spectateurs assis devant sur des coussins, comme à l'habitude, seul un piano est installé dans l'angle droit de la scène pour accompagner les chanteurs. Pour décor, (...) de fines tiges en bambou qui seront bougées par deux comédiens durant le spectacle pour délimiter les espaces et symboliser les différentes situations.»

                                                            Dominique Simon, Les Echos

 

«Un opéra réduit à sa plus simple expression, remanié en quelque sorte et « resserré ». Un piano en guise d'orchestre. Des décors inexistants ou presque se limitant à une collection de bambous fichés sur des socles métalliques et que les acteurs déplacent au gré des scènes. La partition de Mozart respectée dans ses grandes lignes, mais plus courte, sans longueurs ni effets opératiques. Des acteurs-chanteurs jeunes, beaux, mobiles, drôles. Une heure trente de bonheur.»

                                                             Bruno Frappat, La Croix

Entretien avec Peter Brook

David Sanson : «Qu’est-ce qui vous a poussé, douze ans après Don Giovanni, à revenir à Mozart, et à vous attaquer à La Flûte enchantée

Peter Brook : «Cette envie remonte à très, très loin. J’ai abandonné l’opéra, après plusieurs années d’expériences à Covent Garden et au Metropolitan Opera de New York, sur une haine absolue de cette forme figée – non seulement la «forme opéra», mais aussi les «institutions opéra», le «système opéra» qui bloque tout... Je me suis dit que c’était une perte d’énergie : dans le théâtre hors opéra, on peut aller beau- coup plus loin avec cette même énergie – alors pourquoi la gaspiller dans une forme si dure ? Vers la fin des années 1950, j’ai abandonné l’opéra pour toujours. Vingt-cinq ans plus tard, quand Bernard Lefort (directeur de l’Opéra de Paris, Ndlr) est venu me proposer de monter De la maison des morts aux Bouffes du Nord, subitement, cela m’a donné envie : je lui ai dit que plutôt que l’opéra de Janácek, je serais très heureux de pouvoir m’attaquer, en toute liberté, à Carmen. Parce que je pensais que l’on pouvait en faire tout à fait autre chose, si l’on avait la liberté absolue d’en contrôler la totalité des conditions. D’abord, les engagements des chanteurs – dans l’idée de faire comme au théâtre, et de travailler avec la même équipe durant une année entière : ne travailler qu’une seule oeuvre durant toute une année permettait d’énormément la développer. Ensuite, concernant la partition et le livret : mes partenaires, Marius Constant et Jean-Claude Carrière, et moi-même devions pouvoir être libres de les changer, de les organiser à notre guise : non pour moderniser, pour « faire moderne », mais pour les débarrasser de l’accumulation de toutes ces conventions imposées par la forme durant des années et des années. Troisième chose : placer la musique et les chanteurs, sans fosse d’orchestre, dans une relation directe avec le public – pour que la première relation, pour le spectateur, soit directement liée à la présence de personnages qui s’ex- priment à travers le chant, soutenus par l’orchestre. La dernière condition était de pouvoir répéter trois mois ! J’ai fait tout cela car pour moi, la musique de Bizet est une musique qui vous touche en profondeur, d’une rare qualité, qui ne peut sortir que dans l’intimité. Et j’avais la même conviction avec La Flûte enchantée. Ainsi, quelques semaines après avoir commencé à jouer Carmen, j’ai organisé une séance de travail, toute simple, aux Bouffes du Nord, avec une petite équipe de chanteurs et un pianiste : dans l’espace, on a improvisé – ils étaient libres de leurs déplacements, parfois à deux pas du premier rang – sur certaines parties de La Flûte. Et c’était bouleversant. Il y avait une relation d’une telle intimité avec le chant et la musique, que cela en devenait une autre oeuvre. Plusieurs fois j’ai annoncé que j’allais faire La Flûte, c’était notre projet majeur avec La Tragédie de Carmen et les Impressions de Pelléas. Entre-temps est arrivée la proposition d’un autre opéra que j’aime beaucoup, Don Giovanni. Et comme Stéphane Lissner, dont c’était la première saison à Aix-en-Provence, voulait casser toutes les conventions et les barrières, nous avons pu imposer des conditions identiques. C’est ainsi qu’entre la première et sa reprise, un an plus tard, l’équipe – chanteurs, orchestre, chef – est restée la même, et que nous avons fait une longue tournée. Daniel Harding dirigeait chaque soir, on répétait constamment pour s’adapter à des espaces différents, et les chanteurs travaillaient de mieux en mieux collectivement : à la fin, ils étaient devenus un véritable ensemble, chose à laquelle on ne peut parvenir dans les maisons d’opéra traditionnelles, où l’on répète deux semaines pour ne jouer que cinq fois. Mon envie de faire La Flûte correspond donc à un souci d’être de plus en plus proche de Mozart, selon nos conventions, notre attitude, aux Bouffes du Nord.»

 

David Sanson : «Suivant quelle optique allez-vous travailler à l’adaptation du livret de Schikaneder, et de la musique ?»

Peter Brook : «Librement ! Elle sera signée par trois personnes : le compositeur Franck Krawczyk, ma fidèle collabratrice Marie-Hélène Estienne et moimême. Il y aura très peu d’instrumentistes, dont le pivot, le «directeur musical» en quelque sorte, sera mon ami le pianiste Alain Planès, un très grand musicien. Avec Franck Krawczyk, nous allons essayer de faire quelque chose de «mozartien» au sens où Mozart lui-même l’entendait. Il disait toujours que là où est la profondeur sont la légèreté et l’improvisation, et il n’hésitait pas à réécrire, changer, transposer ses partitions, à les donner à quelqu’un, à les reprendre… Et en même temps, en faisant cela, il touchait à la pureté, dans laquelle se trouvait cette profondeur. Je l’ai senti sur Don Giovanni : être académique avec les oeuvres me semble contraire à la nature même de l’art mozartien. J’ai vu, ces trente dernières années, beaucoup de mises en scène de La Flûte enchantée. Et j’ai pu constater que la première contrainte, pour le metteur en scène et le décorateur, est toute cette imagerie que je trouve trop imposante : un peu comme dans le cas de Carmen, l’image que l’on projette et qu’on attend pèse très lourdement sur le reste. L’idée est d’arriver à ce que les chanteurs – de jeunes chanteurs – avancent de manière naturelle, vivante et aimée dans le déroulement de l’intrigue sans que l’on impose des projections, des constructions, des vidéos ou des décors qui tournent… Nous allons donc commencer à travailler sans aucun élément de décor, mais à partir de la musique, en nous demandant comment parvenir à la faire sentir sans le poids, le côté lourd et solennel d’un grand opéra. Et en l’abordant dans un esprit ludique. Mozart se réinvente à chaque instant, et c’est dans cette direction, profondément respectueuse sur l’essentiel, que nous allons travailler. Avec cette intuition que chez Mozart, il ne s’agit pas de cacher ou de moderniser, mais de faire apparaître…»

                                        Propos recueillis par David Sanson, Festival d'Automne à Paris