« Juliette Binoche, Emmanuelle Devos, Bertrand Delanoë et, excusez du peu, Peter Brook lui-même. Dorian Rossel détestera que l’on commence cet article par l’énumération des vedettes françaises qui sont venues voir son spectacle Quartier lointain au théâtre Montfort. Pourtant, à Paris, c’est ainsi. Indépendamment de la salle de 450 places pleine chaque soir pendant cinq semaines, la réussite d’une pièce se mesure au nombre de personnalités qui se déplacent pour la regarder. Et au buzz qu’elle provoque dans les milieux concernés. [...]
Un succès à la mesure de la qualité de la proposition qui avait séduit public et critique lors de la création genevoise en 2009 [...]. Et un succès qui rend aussi justice à la beauté de la bande dessinée dont le spectacle est tiré. Car Quartier lointain, c’est d’abord une BD culte du Japonais Jiro Taniguchi. [...]
La bande dessinée est bouleversante et il fallait le doigté et l’inventivité de Dorian Rossel et ses compagnons pour traduire ce mélange de joie juvénile et de grande fragilité. Pour évoquer l’identité diffractée, par exemple, surgissent subitement huit Hiroshi sur le plateau. Un simple cercle d’acier figure le fauteuil roulant de la grand-mère et les personnages se couchent à la verticale pour restituer la liberté de point de vue de la BD. »
Marie-Pierre Genecand, « Quartier lointain, l’art du rayonnement » Le Temps, 8 déc 2011, p.25.
« S’inspirant du regard qui saute de case en case, Dorian Rossel invente pour l’occasion un théâtre sur mesure où il fait feu de tout bois et du moindre accessoire pour fabriquer la ligne claire de ses images. Nous voici projetés dans l’énigme d’un voyage dans le temps qui permet à un fils devenu adulte de retrouver ses parents et l’époque de son enfance. A travers le romantisme cruel de cette expérience, notre héros dénoue des secrets familiaux. L’hypothèse poétique d’être un enfant capable d’observer le monde avec des yeux d’adulte. La parenthèse d’un rêve impossible devenu un excitant moment de théâtre. »
Patrick Sourd, «Les trois coups du manga», Paris Match, 12.11.2011
« [...] Adapté et mis en scène magnifiquement par Dorian Rossel, ce célèbre manga de Jirô Taniguchi est interprété par six comédiens, qui endossent plusieurs rôles, et par deux musiciennes. Une polyphonie de voix à laquelle s’ajoute une scénographie qui joue parfaitement de la diversité des points de vue. Tout s’accorde ici pour garder la dimension fantastique de ce roman graphique, proche de la rêverie. Un beau spectacle de théâtre sur la mémoire pour les plus grands. »
Françoise Sabatier-Morel, Télérama Sortir, 21.10.2011
« Nul besoin de connaître le manga de Jirô Taniguchi pour apprécier le spectacle du metteur en scène suisse Dorian Rossel. Son adaptation, des plus heureuses, en permet la découverte aux non-initiés. Il invite à un fantasme : un retour dans le passé, avec une fraicheur et un parti pris de naïveté particulièrement bienvenus. Le héros monte dans un train qui le ramène vers les lieux de son enfance et le souvenir obsédant d’un père abandonnant le domicile familial. Qu’aurait pu faire le jeune garçon d’alors pour infléchir le cours des choses? Aurait-il pu retenir son père? Plus largement, peut-on changer le cours d’une vie? Dorian Rossel pose ces questions avec une manière de faire exemplaire, dans une économie de moyens et une simplicité de mise en scène et de jeu. Le traitement visuel et sonore crée une dimension où l’imaginaire trouve sa place. L’interprétation se fond dans la proposition. Un ensemble parfait. »
Annie Chénieux, Le Journal du Dimanche, 17.10.2011
« Adapter un manga au théâtre, et pas n’importe lequel : Quartier lointain, de Jirô Taniguchi, c’était un pari sacrément périlleux. Il est réussi. Le spectacle, créé en Suisse par le metteur en scène Dorian Rossel, est à l’affiche du Monfort, à Paris. Il va se jouer un mois avant de partir en tournée, et, à en mesurer l’accueil qu’il a reçu le soir de la première, on peut gager qu’il fera le plein de spectateurs de tous âges, comme il y a des lecteurs de Quartier lointain de tous âges.Tant mieux ! [...] Aurait-il pu l’empêcher de le faire, et changer ainsi le cours de sa vie ? Quartier lointain se pose la question, et bien d’autres encore, en suivant un chemin qui mène à une réconciliation intime.C’est précisément cela que sait rendre Dorian Rossel. Ce metteur en scène de 36 ans possède une qualité qui peut vite devenir un défaut : la naïveté. Chez lui, elle n’est qu’émotion et bienveillance, comme dans le manga, dont on retrouve l’esprit sur le plateau, où sept comédiens se partagent les rôles. Ils reproduisent, dans leurs mouvements et dans leurs gestes, la «ligne claire» du dessin chère à Jirô Taniguchi, et qui est aussi présente dans la simplicité du décor. Ainsi, libre de toute intrusion intempestive, le spectateur peut se laisser aller, revivre à sa façon le manga. Quand, à la fin, vient le temps de la confession du héros, on sent chacun respirer. Le silence autour des mots est alors aussi beau que l’envolvers une re-naissance, celle-là même dont Quartier lointain nous parle. »
Brigitte Salino, Le Monde, 30.09.2011