Musique
Pascal Auberson
L'âme jusqu'à l'os
Vendredi 12 novembre 2010

Durée 1h15
Tarif B

Une nouvelle création pour ce chanteur qui aurait pu rester  vissé à son piano (il y était bien, le succès était là), mais qui a préféré explorer de nouvelles voies. On avait aimé Kelomes, sa récente incursion sur la scène électro-rock. Il poursuit dans cette veine, avec un nouveau spectacle qui fait la part belle au parler/chanter, sa signature vocale.

L'essentiel

«Solo électro / acoustique. Fortissimo intello ma primitivo ritmico con trippa» Pascal Auberson

C’était il y a deux ans, sur la grande scène du Théâtre de Vidy. Accompagné de sept musiciens, danseurs et choristes, le chanteur jazz le plus flamboyant de Suisse romande se lançait dans sa première grande expérience électro. Avec Kélomès, Pascal Auberson s'est offert une superbe renaissance. Toujours aussi lyrique, animal et investi, le Vaudois parle désormais plus qu’il ne chante et plonge ses auditeurs dans un bain de percussions et de rythmes électro où pulsations et paroles se mêlent en un genre musico-théâtral inédit.
Le voici qui revient creuser ce sillon, en solo cette fois, avec en tête et dans le corps un idéal total : que tous ses membres fonctionnent comme une œuvre de Tinguely, que son être, en osmose avec de multiples machines et instruments, improvise librement des univers sonores illimités, que le public reçoive autant dans sa chair que dans ses tympans une symphonie hypnotique de collisions sonores, rythmiques et verbales. Assurément phénoménal.



Générique

Voix, piano, percussions, guitare, sampleurs Pascal Auberson
Son Bernard Amaudruz
Lumière Laurent Junod
Costume Tania D’ambrodgio
Collaboration artistique Diane Decker


Photos Claude Dussex

Entretien avec Pascal Auberson

Maxime Pégatoquet : Qu'est-ce que vous nous proposez dans ce nouveau spectacle?Pascal Auberson : Je crois que la chose la plus difficile, pour un artiste, c'est de dire ce qu'il va faire. Sans botter en touche, j'ai fait deux solos dans ma vie. Le premier, il y a vingt ans (Anges rebelles) et le second, il y a dix ans (Ceux qu'on aime). Avec celui-ci, j'ai l'impression de composer un triptyque. Au fond, ces solos ont été faits de chansons anciennes, qui ont été modelées avec le temps. Comme disait le grand Miles Davis, « le jazz n'existe pas, c'est une manière d'être face au monde »... J'ai cette même impression face aux mots et à la musique, que tout est tout le temps en devenir. C'est pour ça que j'ai de la peine à parler d'une chose que je dois évidemment cadrer. Mais plus on cadre, plus on devient libre à l'intérieur du cadre.

MP : Il s’intitule L’âme jusqu’à l’os : avec un titre comme ça, vous avez trifouillé loin au fond de vous-même?
PA : Sans vouloir trop m'étendre là-dessus, je crois que ma maladie a énormément fait changer mon regard sur le monde. Elle me fait chanter différemment. Et le solo est une chose extraordinaire, car, même si tout est réglé au millimètre, tout est toujours possible. Depuis qu'on m'a enlevé cet alien du ventre, il me semble qu'on m'a enlevé un bouchon, et que, depuis, cela coule plus facilement.

MP : C'est-à-dire?
PA : Il faut qu'on se fasse à l'idée qu'on va mourir. La mort fait partie de la vie. Et je pense que si on ne célèbre pas la mort, on ne peut pas vivre.

MP : Pour en revenir au spectacle...
PA : Idéalement, j'aimerais avoir dans la tête quarante chansons, quarante matières, et, à un certain moment, quand je sens que c'est le bon moment, les donner aux spectateurs. Actuellement, je travaille beaucoup avec un technicien sur les sons. Les sons constituent des matières, selon moi. Je me sens comme un peintre. J'ai des pinceaux, des couleurs, et pour ce qui est de la toile, j'aimerais qu'elle soit faite avec les gens, le public.

MP : Quelle est l'importance des mots dans votre travail ?
PA : Je pense qu'avant, quand j'avais vingt ans, j'aurais pu chanter le bottin de téléphone. Pour moi, il fallait que ça swingue, les mots avaient très peu d'importance, ils étaient un prétexte à faire du jazz, de la musique, à se marrer. Si on prend mes premiers disques, il n'y a vraiment pas de quoi publier un recueil. C'était un support. Avec le temps, je fais beaucoup plus attention au sens. Peut-être que ma musique est devenue plus simple aussi. Même si j'ai fait beaucoup de belles choses dans ma « carrière », la chanson continue à m'attirer énormément, car je pense que c'est la plus belle forme du monde.

MP : Pour ce spectacle, vous dites vouloir vous présenter comme une machine de Tinguely. Vous pouvez nous en dire plus ?
PA : Par exemple, grâce au Pad à main (un instrument permettant d'enregistrer tous les sons désirés, du Sacre du Printemps à un riff de guitares ou à une récitation d'une fable de La Fontaine), je peux être une sorte de griot électronique. Mais il ne s'agit pas d'être un petit singe avec des piles Duracell pour dire « regardez comme je fais ». Grâce à cette machine, je peux orchestrer les sons, être comme un chef d'orchestre en direct.

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