Maxime Pégatoquet : Qu'est-ce que vous nous proposez dans ce nouveau spectacle?Pascal Auberson : Je crois que la chose la plus difficile, pour un artiste, c'est de dire ce qu'il va faire. Sans botter en touche, j'ai fait deux solos dans ma vie. Le premier, il y a vingt ans (Anges rebelles) et le second, il y a dix ans (Ceux qu'on aime). Avec celui-ci, j'ai l'impression de composer un triptyque. Au fond, ces solos ont été faits de chansons anciennes, qui ont été modelées avec le temps. Comme disait le grand Miles Davis, « le jazz n'existe pas, c'est une manière d'être face au monde »... J'ai cette même impression face aux mots et à la musique, que tout est tout le temps en devenir. C'est pour ça que j'ai de la peine à parler d'une chose que je dois évidemment cadrer. Mais plus on cadre, plus on devient libre à l'intérieur du cadre.
MP : Il s’intitule L’âme jusqu’à l’os : avec un titre comme ça, vous avez trifouillé loin au fond de vous-même?
PA : Sans vouloir trop m'étendre là-dessus, je crois que ma maladie a énormément fait changer mon regard sur le monde. Elle me fait chanter différemment. Et le solo est une chose extraordinaire, car, même si tout est réglé au millimètre, tout est toujours possible. Depuis qu'on m'a enlevé cet alien du ventre, il me semble qu'on m'a enlevé un bouchon, et que, depuis, cela coule plus facilement.
MP : C'est-à-dire?
PA : Il faut qu'on se fasse à l'idée qu'on va mourir. La mort fait partie de la vie. Et je pense que si on ne célèbre pas la mort, on ne peut pas vivre.
MP : Pour en revenir au spectacle...
PA : Idéalement, j'aimerais avoir dans la tête quarante chansons, quarante matières, et, à un certain moment, quand je sens que c'est le bon moment, les donner aux spectateurs. Actuellement, je travaille beaucoup avec un technicien sur les sons. Les sons constituent des matières, selon moi. Je me sens comme un peintre. J'ai des pinceaux, des couleurs, et pour ce qui est de la toile, j'aimerais qu'elle soit faite avec les gens, le public.
MP : Quelle est l'importance des mots dans votre travail ?
PA : Je pense qu'avant, quand j'avais vingt ans, j'aurais pu chanter le bottin de téléphone. Pour moi, il fallait que ça swingue, les mots avaient très peu d'importance, ils étaient un prétexte à faire du jazz, de la musique, à se marrer. Si on prend mes premiers disques, il n'y a vraiment pas de quoi publier un recueil. C'était un support. Avec le temps, je fais beaucoup plus attention au sens. Peut-être que ma musique est devenue plus simple aussi. Même si j'ai fait beaucoup de belles choses dans ma « carrière », la chanson continue à m'attirer énormément, car je pense que c'est la plus belle forme du monde.
MP : Pour ce spectacle, vous dites vouloir vous présenter comme une machine de Tinguely. Vous pouvez nous en dire plus ?
PA : Par exemple, grâce au Pad à main (un instrument permettant d'enregistrer tous les sons désirés, du Sacre du Printemps à un riff de guitares ou à une récitation d'une fable de La Fontaine), je peux être une sorte de griot électronique. Mais il ne s'agit pas d'être un petit singe avec des piles Duracell pour dire « regardez comme je fais ». Grâce à cette machine, je peux orchestrer les sons, être comme un chef d'orchestre en direct.