"On se bornerait volontiers à déclarer: courez à Meyrin voir L'Eveil du printemps, la nouvelle création d'Omar Porras! Mais il faut apaiser le ravissement, dépasser l'émotion et tenter de saisir ce qui, dans ce joyau théâtral, consent à se fixer dans l'écriture. Un mur décati, par exemple, qui cache la forêt - féerique scénographie d'Amélie Kiritzé-Topor - mais pas le lent délabrement du vieux monde figé dans ses certitudes. [...]
Ecartant le pathos, mais pas le choc frontal, ce diable de metteur en scène humecte de larmes les rires les plus francs. [...] Surtout, il s'amuse invente, jongle avec les conventions, ose sans jamais relâcher le fil de son sujet. C'est une leçon de théâtre et elle est magnifique."
Lionel Chiuch, "Omar Porras ou l'art de l'enfance", La Tribune de Genève, 11.11.2011
"L’innocence à fendre les planches dans la gestuelle muette, segmentée et onirique, quasi ralentie, par laquelle débute L’Eveil du Printemps, s’en est subrepticement allée dès la première tirade adaptée de Frank Wedekind, à qui l’on doit la sulfureuse Lulu. A la candeur de l’enfance, le metteur en scène a substitué de petits pantins annonciateurs d’une sorte de farce, l’air ballot et le jeu forcé, décalé car interprété par des comédiens adultes.
On se dit alors qu’Omar Porras s’est fourvoyé. Qu’il a transposé cette tragédie du XXe siècle naissant – scandale à sa création en 1906, et pour cause – dans un comique à la Tex Avery, à quelque distance seulement de Molière et des fourberies de son Scapin, grand succès monté puis remonté à Genève. Comment lui, tout à la fois pirate et manitou de la scène, au bout de 20 ans de carrière à la tête de sonTeatro Malandro, renoncerait-il à surprendre?
Au contraire, le rire ne discrédite pas la profondeur dramatique. [...]
A vive allure comme il lui sied si bien, Omar Porras manie sa fresque de répertoires artistiques, cette fois-ci avant tout musicaux. Il entend sans doute séduire ainsi un public d’adolescents, et de parents, qui aurait encore aujourd’hui beaucoup à gagner d’une pièce étrangement actuelle qui stigmatise le suicide, la maltraitance, l’homophobie et l’absence d’éducation sexuelle. Une oeuvre mise au goût du jour avec fougue et brio."
Cécile Dalla Torre, "Comme une mauvaise herbe", Le Courrier, 11.11.2011
"Les beaux spectacles sont des songes qui échappent à la nuit. Le metteur en scène Omar Porras a rêvé L'Eveil du printemps de Frank Wedekind; il y a croisé des spectres, il en a respiré la brume. Au Forum Meyrin, son Eveil n'est pas seulement une merveille d'intelligence musicale, de savoir-faire théâtral, de rythme maîtrisé, c'est une création qui fait date, dans l'histoire d'Omar Porras, dans notre mémoire de spectateur. C'est que l'artiste de 48 ans s'était fait une réputation de maître farceur, briallant imagier toujours, chambellant de son désir. Avec L'Eveil, traduit pour la circonstance par Mario Sabbatini, il affronte pour la première fois les ombres d'une tragédie, enfantine et assassine. [...]
Omar Porras n'exploite paas seulement les ficcelles de l'art. Il suggère la fatalité du conditionnement social, ces discours qui coulent de source et qui ne sont que le legs malfaisant du passé. [...]
Sur la terre meuble voulue par Amélie Kiritzé-Topor, il se passe alors ceci de beau: un à un, les comédiens jettent masques et postiches, tout en jouant, comme pour revenir à la vie. Comme pour souffler que le théâtre est un accoucheur de vérité intime. Une fois, que la scène a accompli son travail, elle laisse tomber l'accessoire. Melchior vivra. Et le spectateur emportera avec lui un peu de son printemps. Le tragique selon Porras, c'est aussi ça: se délester de l'artifice pour toucher à l'essentiel, le désir fait poème."
Alexandre Demidoff, "La verve tragique d'Omar Porras", Le Temps, 15.11.2011