Mardi 16 et mercredi 17 octobre à 20h30

La Résistible Ascension d'Arturo Ui

Bertolt Brecht - Gianni Schneider

En 1941, exilé aux États-Unis, Bertolt Brecht se penche sur le cas Hitler, démontant les mécanismes de sa prise de pouvoir et de son ascendant sur le peuple allemand. Satirique et limpide, la parabole offre un modèle toujours pénétrant de ce qu’est le pouvoir en régime capitaliste. Un impérissable appel à la vigilance.

Durée
2h
Tarif B

Plein 40.- / 30.- | Réduit 35.- / 25.- | Mini 15.-
avec le Pass Forum 15.-

 

 


L'essentiel

Et voici, curiosité unique le gangster des gangsters, le tristement célèbre Arturo Ui, fléau que le ciel en colère envoya nous punir de nos iniquités, nos crimes, nos erreurs et notre lâcheté! Prologue de La Résistible Ascension d’Arturo Ui

Comment ça naît, un dictateur? Comment ça grimpe les marches du pouvoir, un Bachar Al-Assad, un Muammar Kadhafi? Mais surtout, mystère d’entre les mystères, comment ça réussit à rendre obéissant tout un pays, jusqu’à transformer des milliers d’hommes en meurtriers? En 1941, exilé aux États-Unis pour échapper au nazisme, Bertolt Brecht se penche sur le cas Hitler. Il démonte un par un les mécanismes de sa prise de pouvoir et de son ascendant sur le peuple allemand. Verdict: lorsque la corruption atteint le sommet de l’État, la violence n’a plus qu’à ramasser le pouvoir comme un fruit mûr.

La Résistible Ascension d’Arturo Ui se situe dans le Chicago des années 30. Son histoire met en scène un trust de choux-fleurs, un vieux politicien faiblard, des gangsters qui imposent leur protection par la terreur. Satirique et limpide, la parabole offre un modèle toujours pénétrant de ce qu’est le pouvoir en régime capitaliste, où les compromissions des uns permettent la mainmise des autres.

Un impérissable appel à la vigilance.

Générique

De Bertolt Brecht
Mise en scène Gianni Schneider
Jeu Roland Vouilloz, Christine Vouilloz, Anne Vouilloz, Anne-Catherine Savoy, Vincent Ozanon, Edmond Vullioud, Jean-Paul Favre, Jean-Pierre Gos, Jean-Aloïs Belbachir, Baptiste Gilliéron, Blaise Granget, Arnaud Charrin, Richard Vogelsberger,
Traduction Hélène Mauler, René Zahnd
Dramaturgie Magali Tosato
Dramaturgie de production André Steiger
Recherche historique Moritz Riesewieck
Assistant à la mise en scène Laurent Gachoud
Scénographie Gianni Schneider, Michel Beuchat, Simira Raebsamen
Vidéo de scène Sébastien Dupouey
Création musique Arthur Besson
Costumes Anna Van Brée, Olivier Falconnier
Maquillage Sonia Geneux
Coiffure Antonio Miele
Construction décor Ateliers du Théâtre Vidy-Lausanne, Thomas Beimowski
Accessoires Matthieu Dorsaz
Lumière Christophe Kehrli
Création musique Arthur Besson
Ambiance sonore Dario Galizia


Production déléguée Théâtre Vidy-Lausanne
Coproduction Compagnie Gianni Schneider

Avec le soutien de Etat de Vaud, Ville de Lausanne, Loterie Romande, Pro Helvetia, Corodis, Fondation Leenaards, Fondation Sandoz, Ernst Göhner Stiftung, SIS (Société des interprètes), Migros Vaud


Crédit photos Mario Del Curto

Durée 2h environ

Revue de presse

Dure et sordide, La résistible ascension d’Arturo Ui, mis en scène par Gianni Schneider, avec Roland Vouilloz dans le rôle du despote, est une sorte de parabole qui appelle à réagir, à refuser l’usurpation du pouvoir, une farce qui ridiculise les meneurs et les menés. Mais ici le ridicule tue ! L’ambition et la haine soustendent aussi l’action comme dans Le Président, mais plus encore la froide cruauté du crime et la lâcheté de ceux qui laissent faire ; pire, qui se font complices de la corruption, de la turpitude, de la terreur. Réactualisant la pièce, et cela tout à fait dans l’esprit de Brecht, Gianni Schneider dénonce la main-mise de la finance, la primauté de l’économie qui conduisent à la prise du pouvoir. Et quand le texte parle d’insécurité, de taxe « librement » imposée aux petits commerçants, de politiciens respectés qui se laissent manipuler, on est ici aujourd’hui ! Pourtant la mise en scène très maîtrisée, avec des projections hallucinantes de Sébastien Dupouey et une musique suggestive en live d’Arthur Besson, autant du reste que la langue qui, ainsi l’a voulu l’auteur, n’est pas celle de gangters du bronx (et qu’on voudrait par instants mieux articulée par certains acteurs) marque presque trop le principe de distanciation propre à Brecht. On sort sans le frisson de la révolte que devrait inspirer cette pièce, mais néanmoins impressionné.
Myriam Tétaz-Gramegna, Gauchebdo, 03.10.2012

 

Reprenant la farce tragique de Brecht à Vidy, Gianni Schneider transpose la violence d’Arturo Ui au milieu de la finance.

Plus cruelle. La mise en scène de Schneider est peut-être plus cruelle encore. Son Arturo est au départ un chômeur végétarien qui va devenir le saligaud absolu pour s’en sortir. Et surtout, il entend montrer que les financiers d’aujourd’hui, plutôt que des victimes, sont des complices absolus, traders sans foi ni loi feignant de perdre le contrôle sur une société gangstérisée pour mieux en tirer bénéfice. Schneider assume: «C’est un appel à la révolte. Une façon d’obliger le public à ouvrir les yeux. Surtout, c’est parfaitement dans l’esprit de ce que Brecht disait lui-même de la relecture de son théâtre: “Ne pas adapter en fonction d’un contexte social, politique économique, géographique, équivaut à me trahir.”»

L’aventure du metteur en scène lausannois se construit aussi autour d’une distribution brillante centrée sur la personnalité forte de l’immense Roland Vouilloz: «J’avais besoin d’un acteur très puissant pour le rôle d’Arturo. Il l’est.» C’est peu dire que le découvrir dans Ui génère de la gourmandise et de l’attente. Les deux hommes avaient déjà travaillé ensemble à Vidy, sur le Platonov de Tchekhov en 2007.

[...] la version qu’en donnera Gianni Schneider sera l’un des événements de l’automne théâtral, avant une tournée un peu partout en Suisse romande.
Christophe Passer, «La résistible ascension des traders», L’Hebdo, 26.09.2012


La bonne nouvelle? C’est l’excellent Roland Vouilloz qui incarne Arturo Ui. Plutôt habitué aux personnages brisés par la vie, l’acteur romand à l’humanité si foudroyante donnera sans doute une âme au méchant.

L’autre bonne nouvelle? C’est le talentueux Arthur Besson qui signe la musique. Il y a deux ans, les spectateurs romands ont pu apprécier son swing décalé dans Têtes rondes et Têtes pointues mis en scène par Christopher Rauck au Théâtre de Carouge. Ici, il devra trouver comment commenter en musique les coups de feu et coups de sang des mafieux décomplexés.
Marie-Pierre Genecand, «Gianni Schneider face aux caïds de la pègre», Sortir, Le Temps, 27 septembre 2012