Gari veut dire « Brûle ! » en russe. C’est un ordre auquel je ne me suis jamais dérobé, ni dans mon oeuvre ni dans ma vie. Romain Gary
Dans le paysage du cinéma français, Jacques Gamblin est un être à part. Faux discret aux allures de Pierrot lunaire, beau gars sans être beau gosse, acteur simple, sobre, solide et sincère. On adore. Sur scène, c’est encore meilleur.
Dans la galaxie littéraire, Romain Gary fut un auteur admiré, lauréat du prix Goncourt en 1956, puis délaissé, puis découvert une seconde fois sous le pseudonyme d’Émile Ajar. En remportant son deuxième Goncourt avec La Vie devant soi en 1975, Ajar rachetait sans doute Romain Gary à ses propres yeux, mais pas aux yeux du monde littéraire ignorant de l’imposture et pour qui le nom de Gary ne faisait plus recette. Un écrivain, deux voix: c’est le dispositif de La nuit sera calme, un recueil d’entretiens publié en 1974. Il met en scène l’auteur et «un ami d’enfance», François Bondy, rencontré en classe de seconde au lycée de Nice. La conversation est vive, de haute tenue ; on ne s’ennuie pas une seconde. Sauf que, vérification faite bien des années plus tard, cet ami aussi est inventé et l’entretien tout entier –questions, réponses– a été rédigé par l’auteur. Supercherie dans la supercherie: du Gary pur sucre!
Barbe et cheveux poivre et sel, chemise noire sur fond noir, pourvu d’un cahier, d’un verre d’eau et d’un magnéto, Jacques Gamblin n’a pas cette trace d’accent russe qui faisait l’exotisme de Romain Gary, mais il porte haut son humour et son mystère.











