Cédric Dorier: C'est vrai que mes voies d'accès ou mes portes d'entrées par rapport à un texte théâtrale, dramatique, viennent de l'opéra parce que je me suis formé en tant qu'assistant à la mise en scène, à l'opéra principalement, donc il y a un rapport très musical aux choses et j'aime entendre; les choses m'émeuvent tout de suite dès qu'il y a une sorte de… dès qu'il y a la conscience de la musicalité d'une partition. Et pour moi c'est vraiment de voir comment s'articulent la voix parlée avec la voix chantée et vraiment de créer une texture sonore, des chemins sonores, pour les comédiens, pour la musique, pour tous les sons qui vont s'additionner parce qu'il y aura aussi des sons; un univers sonore de forêt, de bruissements, peut-être d'animaux nocturnes et de voir comment tout ceci s'articule ensemble et crée une musique - qui sera la notre - pour le temps de cette représentation.
C'est vraiment une langue qui nous amène dans un ailleurs ; qui est un ailleurs vraiment qui amène une théâtralité. Ca, pour moi, c'est important et la musique aussi va amener une dimension aussi poétique. Mais, que tous ces éléments qui seront révélés de façon ludique, dynamique, à travers une mise en scène qui sera colorée et rythmée, n'évacuent, en fait, ni le merveilleux ni la cruauté du conte, parce qu'il y a du merveilleux - bien entendu - mais le conte est très cruel et je ne veux pas gommer ou arrondir trop les angles, parce que c'est une histoire terrible. Et je pense vraiment que, en tout cas pour moi, c'est dans cette histoire ou comme dans la vie, en fait, c'est vraiment la force de l'imaginaire et son pouvoir de transformation sur les êtres qui pour moi est le plus grand gagnant.
Pour moi c'est important que le même acteur joue la mère et la sorcière, le père et le marchand de sable, parce qu'en relisant les écrits de Bettelheim… et puis… je trouvais intéressant de montrer que la mère est à la fois celle qui nourrit, qui protège - elle est plutôt castratrice dans le conte, bien entendu - mais, voilà, elle fait office de mère, mais elle est aussi la mère qui dévore, donc la sorcière. Le père qui est une figure plus conciliante, plus généreuse, se transforme en marchand de sable. Voilà, il devient une figure plus douce, en fait, dans le rapport aux enfants.
Anne Brüschweiler: Vous n'avez pas eu envie de faire jouer des enfants ?
Cédric Dorier: Oui, mais je crois que le choix a été très vite fait. On a, pour des contraintes purement techniques, et parce qu’il fallait opter pour deux distributions… et puis c'est un travail quand même assez exigeant puisqu'il y a des chansons, puisqu'il y a un travail du corps, aussi, que j'ai préféré prendre, de choisir, des comédiens de petites tailles pour raconter cette histoire, parce que ça demande une vrai technique et un engagement important.