Asphalte

Chorégraphie Pierre Rigal
Compagnie Dernière Minute
Mardi 16 novembre 2010 à 20h30

Durée 1h05
Tarif D

Athlète spécialiste du 400m, Pierre Rigal est venu à la danse contemporaine en 2002. Son œuvre, pourtant récente, est prolifique. Pour le western urbain  Asphalte – première pièce dans laquelle il ne danse pas –, il s’entoure de jeunes danseurs hip-hop au style propre, plein de fougue et d’apparente indiscipline.

L'essentiel

« Amour, gloire, meurtre, guerre, révolution et beauté, (...) les corps de ce road movie chorégraphique traversent tous les états. » Pierre Rigal

Western urbain, no man’s land crépusculaire. Entre le bitume des cités et le voyage initiatique au long cours façon road movie, l'esprit du cinéma électrise un plateau simplement architecturé par un mur de lumière servant d’appui à une chorégraphie millimétrée et articulée autour d’un scénario de course poursuite. Un plateau qui se veut ville imaginaire et fantasmatique où naissent des situations cocasses, inquiétantes, poétiques, où apparaissent des êtres aux silhouettes urbaines qui, peu à peu, se robotisent.

Athlète spécialiste du 400m, Pierre Rigal est venu à la danse contemporaine en 2002. Son œuvre, pourtant récente, est prolifique. Pour Asphalte – première pièce dans laquelle il ne danse pas –, il s’entoure de jeunes danseurs hip-hop au style propre, plein de fougue et d’apparente indiscipline.  Entre artisanat et high-tech, obsession des lumières et de l’obscurité, abstraction et narration, la patte de Rigal est impeccablement présente ici.

Générique

Interprétation Mathieu Hernandez, Hervé Kanda, Yoann Nirennold, Camille Regneault, Julien Saint-Maximin
Conception, chorégraphie, lumières Pierre Rigal
Assistante artistique, costumes Mélanie Chartreux
Constructeur décors, lumières Frédéric Stoll
Musique Julien Lepreux

Coproduction Compagnie Dernière Minute, Suresnes cités danse 2009, TGP - CDN de Saint-Denis avec le soutien de la DRAC Midi-Pyrénées, du Conseil régional Midi-Pyrénées et de la Ville de Toulouse



Photos Pierre Grosbois

Atelier


Mercredi 17 novembre 2010
En complément de ce spectacle, un atelier hip-hop est organisé à destination des jeunes de l'Undertown (www.undertown.ch)

Revue de presse

« (…) Un écran blanc derrière lequel des lumières multicolores apparaissent et disparaissent. Le décor et la magie d’Asphalte sont plantés en quelques secondes. Feux de signalisation, lueurs mouvantes d’une ville la nuit, le blues du périph’ se traîne dans la gadoue des banlieues. En deux minutes, un feu d’artifice se transforme en un jet de pierres. Le scénario n’est pas le même de chaque côté du mur : un bombardement peut en cacher un autre.
Cette ambiguïté qui fonde Asphalte, Pierre Rigal la manipule rien qu’avec des jeux de lumière. A chaque volte d’images et de sens, c’est le double visage de la banlieue qui apparaît, et avec elle, l’essence même du hip-hop, danse originelle du ghetto, de la survie.(…) »

     Rosita Boisseau, Le Monde


« (…) Ancien athlète, Pierre Rigal fait courir ses djeuns sur l’Asphalte d’une cité imaginaire, en rond ou en ligne, toujours plus vite, fuyant la police. Ce qui les sauve ? Leur humour, comme devant le videur de boîte, robotique et hilarant. Rigal surprend avec des freeze surréalistes et des silhouettes noires. En plein vol, des flashs les cristallisent sur écran blanc. Ex-pro du photo-finish, Rigal confie aux danseurs une grâce suprême. (…) »
     Thomas Hahn, Danser

Entretien

Ancien athlète de haut niveau, chorégraphe et danseur toulousain, Pierre Rigal a créé la Cie Dernière Minute en 2003. Après une importante tournée francilienne initiée par ARCADI, de nombreuses dates en province offrent l’occasion privilégiée de découvrir les multiples facettes de son univers au travers des pièces Érection, Press et Asphalte. Rencontre avec un homme pressé.


Les Trois Coups. —
Après des études en maths et en cinéma, vous êtes arrivé tardivement à la danse. C’est sans doute pourquoi vous mettez ensuite les bouchées doubles, créant 6 spectacles qui tournent dans le monde entier. Vous collaborez aussi avec Aurélien Bory au sein de la Cie 111. Comment toutes ces activités enrichissent-elles votre approche de la danse ?

Pierre Rigal. — Mon travail, c’est d’apprendre en permanence, d’être curieux. D’être dans l’expérimentation. Travailler avec un artiste comme Aurélien, c’est investir tout un champ de possible.


Les Trois Coups. —
Érection, votre première création, évoque la difficulté à tenir debout.

Pierre Rigal. — Plutôt à s’ériger, donc à grandir, à s’opposer, à lutter.


Les Trois Coups. —
Après cette œuvre, il est assez logique de voir le protagoniste de Press soumis à une contrainte inverse : résister à une pression qui le mène inexorablement vers le bas…

Pierre Rigal. — En effet, les deux solos fonctionnent de manière complémentaire. J’aime d’ailleurs lorsqu’ils sont programmés dans un même théâtre puisqu’ils se répondent l’un l’autre.


Les Trois Coups. —
Avec Asphalte, la chorégraphie est encore une fois millimétrée. Articulée à un scénario course-poursuite dans une société postnucléaire, la question de la quête se pose avec acuité : partir, fuir, rester sur place, rêver d’être ailleurs sans espoir, s’imaginer autrement. Ici ou là-bas, il vaut mieux courir pour tenir ?

Pierre Rigal. — J’ai couru toute ma jeunesse à travers le sport. Mais plus que cela, je me déplaçais tout simplement souvent en courant. Cela peut être une fuite, mais aussi une manière d’arriver plus tôt. Dans Asphalte, il y a l’idée d’une jeunesse qui essaye de trouver sa place dans un contexte urbain, moderne, « stéréotypique ». Le calme imaginaire de cette ville manga est perturbé par une violence abstraite et sournoise, par une guerre futuriste qui ne dirait pas son nom. Les corps de ce road-movie chorégraphique traversent tous les états. Sous surveillance, ils cherchent une identité corporelle et collective, se faufilant à travers les mythes médiatiques modernes.


Les Trois Coups. —
Après les contraintes oppressantes auxquelles est soumis le personnage de Press, ceux d’Asphalte semblent avoir retrouvé une certaine liberté. Pourtant, vous imposez des arrêts sur image novateurs à des danseurs de hip-hop habitués à bouger. Comment définiriez-vous la singularité de votre vocabulaire chorégraphique ?

Pierre Rigal. — En effet, les personnages d’Asphalte sont sous contrôle, ce qui est d’ailleurs commun à toutes mes pièces. Dans mes chorégraphies, le corps n’est pas « le seul à bord ». Il est toujours animé, manipulé, influencé par des forces extérieures avec lesquelles il est au mieux en dialogue, au pire en conflit.

 

Les Trois Coups. — La thématique de l’homme mi-monstre, mi-machine, l’interaction de l’homme avec les nouvelles technologies, la recherche de nouveaux espaces-temps : votre travail traduit comment la modernité intègre peu à peu nos organismes.

Pierre Rigal. — Oui, le corps est aujourd’hui déjà investi par l’électronique. En surface, il est en contact très intime avec de nombreuses prothèses. Mais l’électronique envahit aussi l’intérieur du corps. Ce mouvement est inexorable.


Les Trois Coups. —
Vos spectacles questionnent les limites physiques et morales de personnages à travers le prisme des normes sociétales. Vos gestes font sens. Vous montrez des perspectives inhabituelles pour mieux détourner les codes : se relever, ne pas baisser la tête, tenir coûte que coûte. En somme, vous créez pour résister, car cela ne tourne pas très rond dans notre monde, non ?

Pierre Rigal. — Pour résister, cela serait prétentieux de ma part. Mais plutôt pour émettre des hypothèses. Le monde est plein d’aberrations qui peuvent entraîner différents scénarios, dont quelques-uns sombres.

 

Les Trois Coups. — Malgré tout, l’espoir illumine votre vision pessimiste de la condition humaine grâce à un sens de l’humour et à une poésie décalée. Façon pour vous de pointer l’absurdité de notre civilisation ?

Pierre Rigal. — Oui, l’absurdité, le ridicule. Et puis aussi pour coller plus à la vie. Les tragédies se déroulent également dans la joie et l’humour.

 

Les Trois Coups. — Vous aimez les mélanges d’atmosphères, de disciplines. Vous accordez une importance à l’aspect visuel et performatif. Vos interprètes, placés dans des situations surréalistes, sont amenés à explorer toujours différents états psychologiques et à s’engager véritablement sur le plan corporel. Dans Press, ce solo dans cette boîte magique croise danse, théâtre, illusion et acrobatie. Asphalte réinvente le langage du hip-hop. Votre imagination est sans limites. Quelles sont les pistes que vous explorez dans votre prochaine création ?

Pierre Rigal. — Prochainement, je vais travailler avec des musiciens rock, que je vais aussi contraindre à jouer et à composer dans des situations d’espace ou de mouvement atypiques. Cette pièce s’appellera Micro. Plus tard, j’aimerais faire une pièce avec un ballet classique.

Propos recueillis par Léna Martinelli, Les Trois Coups, www.lestroiscoups.com