«Je mesure un mètre soixante-neuf, je suis bourrée d’alexandrins et de séries noires, je suis une femelle francophone de race blanche.»
«Il y a aujourd’hui un conformisme désolant et une imitation de chacun par chacun. Une véritable aliénation. Beaucoup d’artistes se prennent pour quelqu’un d’autre, plutôt que de cultiver ce qui les rend uniques». Ainsi parlait Brigitte Fontaine... en 1985. Vingt-six ans plus tard, il est toujours aussi difficile de cataloguer cette pythie de 72 ans aux allures de diva.
Mi-bête curieuse (du titre de l’un de ses romans), mi-bête de scène, figure incontournable de l’underground français dans les années 70 avant de subir une belle traversée du désert la décennie suivante, elle revient en odeur de sainteté avec des albums aussi improbables que Kékéland, Libido, ou le récent L’un n’empêche pas l’autre.
Pour cette lecture-concert, elle met en lumière une partie moins connue de son répertoire, à travers ce qu’il convient d’appeler un parcours de lectures. Elle brosse le portrait d’une femme anticonformiste à travers des extraits de livres (Nouvelles de l’exil, L’Inconciliabule, Portrait de l’artiste en déshabillé de soie) ou de chansons (Ragilia, J’ai 26 ans ou encore Soufi), d’une femme capable de phrases aussi belles que «L’amour n’existe pas. C’est pour ça qu’il faut le faire».
Sur cette terre, il y a encore quelques monstres sacrés dont il serait dommage de se priver. Brigitte Fontaine en fait évidemment partie, phénomène d’un mètre soixante-neuf qui semble bien parti pour nous enterrer les uns après les autres. Une vraie fontaine de jouvence.

