Mathieu Menghini : Comment est née l'idée de votre association ?
Omar Porras : D'abord de ce fait que nous sommes tous deux, Guilherme et moi, assoicés au Théâtre Forum Meyrin (depuis l'ère Aebersold). Ce lien a généré entre nous une attention particulière de l'un pour l'autre, et notamment pour nos créations respectives.
Guilherme Botelho : Ensuite, ton départ du TFM, Mathieu, à l'été 2010, nous a semblé l'occasion d'imaginer une « attention » commune sous la forme d'une performance. Et nous avons – tous deux – pris grand plaisir à nous retrouver, à improviser ensemble.
Omar Porras : D'où l'idée de prolonger l'exercice et de nous donner – avec ton apport dramaturgique, cette fois – un objectif plus ambitieux : la création d'un spectacle original.
MM : Quand je vous ai rejoints, vous disposiez déjà d'une certaine matière.
GB : Oui, plusieurs séquences improvisées que nous cristallisons aujourd'hui en soignant les jointures, les ruptures entre les scènes et en imaginant de nouvelles séquences qui ajouteront au sens de l'ensemble.
OP : Un peu par hasard, nous somme spartis d'un disque que j'avais reçu au cours d'une tournée : les compositions d'Uri Caine très librement inspirées de certaines symphonies de Gustav Mahler.
GB : A cette musique, se sont ajoutés le choix de costumes « classiques » (deux complets sombres, semblables) et un unique accessoires : une table. Une table qui, sans doute, va se métamorphoser au cours des différentes scènes.
OP : Ce dispositif assez simple, de prime abord, sera complété vraisemblablement par un travail de bruitage et peut-être quelques surprises scénographiques...
MM : En voyant la captation de vos premières improvisations, j'ai immédiatement pensé à deux « clowns métaphysiques », comme on dit. Emanent des personnages beaucoup d'humour, mais aussi une gravité latente, tragique.
OP : Tout à fait. Guilherme, d'ailleurs, m'a à plusieurs reprises parlé de Beckett, de son théâtre, mais aussi de ses romans. Certaines séquences, dont nous ne savons aujourd'hui encore si elles demeureront, me font également penser à La Strada de Fellini.
GB : Omar a cette faculté d'être une éponge : il saisit tout ce qu'il voit ou entend et parvient insensiblement à le réutiliser dans le travail.
OP : Et Guilherme a, lui, ce mérite de parvenir à me canaliset et, plus largement, d'aider à la structuration du travail.
MM : Un mot de votre titre de travail : Les Cabots. Je l'aime bien. « Cabots » qualifie les chiens dans le parler populaire, mais aussi les caporaux dans l'argot des casernes ; or, chiens et petits tyrans pointent le bout de leur nez dans vos premières esquisses. Quant à la troisième signification, celle péjorative de « comédiens de médiocre talent », elle m'apparaît paradoxalement de bon augure : en effet, deux grands artistes de la scène – au demeurant et respectivement plus souvent chorégraphe et metteur en scène qu'interprètes, aux esthétiques distinctes et fort affirmées, se décidant à partager la scène ne manqueront pas d'éveiller le soupçon de la complaisance. Ce titre et l'attitude généreuse qui est la vôtre dans le travail, la prise de risque que révèlent les répétitions sont gages d'une collaboration authentique, d'un partage vrai, évitant toute flagornerie.
OP et GB : C'est effectivement important. Loin de nous l'idée de nous gargariser ; au contraire, nous voulons tous deux faire de cette oeuvre l'occasion d'une expérience autre, hors de nos sentiers ordinaires. L'occasion de bouger nos styles et nos imaginaires.
Propos recueillis par Mathieu Menghini

