DECOUVREZ LA SAISON 09-10

L’estampe d’Antonio Saura qui ouvre ce programme fascine par sa force étrange. Comme une béance, un oeil avale, d’abord, le regardeur. Ensuite le retient le dialogue de la douceur et de la souffrance qui anime ce visage penché. De la larme qui jaillit de l’oeil droit semble émerger l’être tout entier.

De tout temps, une insatisfaction taraude la condition du genre humain, une insatisfaction qu’anesthésient les mystifications subtiles des dominants, mais que l’art révèle et adoucit ; dans un même geste.

Manifestant l’insuffisance du réel et le sujet toujours désirant, malgré le bâillon de l’injustice, malgré le musèlement de la Nécessité, l’art est insoumission.

Manifestant, par ses épiphanies protéiformes, le potentiel réprimé de l’humain, manifestant nos pensées bridées, nos tendresses retenues, nos rêves assoupis, il est une promesse sensuelle d’émancipation.

L’image de Saura exprime une impatience, une conscience alarmée. Dans cette composition vive, dans ce rouge sang qui ne coagule pas, pulse un appel qui nous happe.

Un appel contre la réification de nos sentiments et celle de nos esprits que l’on entend aussi dans les combats et les créations des Halimi, Schönbein, Pommerat, Delbono, Warlikowski, Mouawad, Meunier, et autres artistes et intellectuels annoncés dans cette quinzième saison du Théâtre Forum Meyrin – une saison superlative, par maints aspects.

Une saison dont la promotion ne doit pas escamoter les absents – ceux qui, pour des raisons calendaires, techniques ou financières n’ont pu trouver place dans notre programme.

Mentionnons – entre nombre d’autres – le bouleversement éprouvé à la découverte de L’oncle Vania de Luk Perceval (pour l’intensité de l’interprétation hors texte), celle du tragicomique Kroum de Warlikowski (pour le spectre large des émotions parcourues et son incroyable galerie de personnages), celle du Gaspard de Peter Handke façon Richard Brunel (un texte qui brouille irrémédiablement le pourtour de la nature humaine), celle du Mefisto de Guy Cassiers (pour sa descente alerte dans les abymes du «moi») et celle du Mesure pour mesure du Théâtre de Complicité (pour la maîtrise de sa mise en scène).

J’aimerais dire, enfin, ma reconnaissance à tous les collaborateurs du Théâtre Forum Meyrin – camarades dans le questionnement des sens possibles de nos existences dans un monde inégal.

Mathieu Menghini
Directeur artistique du Théâtre Forum Meyrin